
Ligne du temps : allers-retours vers le passé !
La chronologie, ce mécanisme nécessaire pour établir des liens entre présent et passé avec un maximum d’informations, est un repère essentiel. Encore fallait-il l’inventer !
Lorsqu’on consulte des frises chronologiques avec leurs couleurs, événements, noms et dates, ce processus paraît logique et acquis. Car cette carte mentale donne cohérence et sens à l’étude de l’Histoire, la compréhension de la continuité, du développement, du changement, de la progression ou la régression, ainsi qu’à l’ordre dans lequel cela s’est produit. Mais il a fallu du temps afin de mettre au point pareil graphique et de le rendre clair pour tous, comme le montre le magazine « C’est toujours pas sorcier », dimanche à 20h30 sur France 4.
À la recherche du temps perdu
Deux hommes y auraient pensé presque au même moment en Europe. Le Français Jacques Barbeu du Bourg (1709-1779) aurait été le premier à représenter le temps qui passe sous forme de diagramme, alors qu’avant lui, les penseurs de différentes époques avaient utilisé un tableau ou une liste. Son graphique, dessiné vers 1753, comprenait l’ensemble du parcours de la société, de la Création au XVIIIe siècle.

En Grande-Bretagne, le théologien, philosophe, théoricien et enseignant en histoire Joseph Priestley (1733-1804) publia le livre « A Chart of Biography » en 1765. Ce tableau couvrait une période de 1200 av. J.-C. à 1800 apr. J.-C. Le hasard voulut que ces deux intellectuels soient des amis du célèbre inventeur américain Benjamin Franklin et correspondent avec lui. Franklin envoya les dessins du Français au Britannique. Ce dernier le remercia dans une lettre : « J’ai reçu avec gratitude et examiné le diagramme de M. Priestley, établi selon les mêmes principes que les miens – sans plagiat de part et d’autre, mais je ne revendique aucune primauté. »
Questions de choix
Bien avant ces événements, les êtres humains ont toujours tenté d’apposer des repères sur leur vie. L’historien Hérodote et d’autres Grecs de l’époque antique, pionniers de l’étude de l’Histoire, s’y étaient attelés, mais en se contentant de voir les faits à travers leur propre calendrier et leur propre culture. Les mêmes créations en Asie ou en Afrique du Nord apparurent en privilégiant aussi leurs croyances et fêtes. Cela explique notamment que la date du Nouvel An chinois soit différente de la nôtre. Mais quand le monde s’ouvrit grâce aux voyages et moyens de communication, un calendrier unique commun fut établi afin d’assurer une synchronicité nécessaire au commerce, aux sciences et à tous les travaux en commun.
Plus tard, Joseph Priestley établit son tableau chronologique également selon ses préférences ! Son diagramme fut monté selon six catégories : hommes d’État et guerriers, théologiens et métaphysiciens, mathématiciens, médecins et philosophes, poètes et artistes, orateurs, auteurs et critiques, historiens, avocats et antiquaires.
Incertitude et exactitude
Quoi qu’il en soit, l’élément le plus remarquable est son utilisation de barres et de points. Certaines dates étant difficiles à déterminer avec exactitude, Priestley solutionna le problème en exprimant la certitude par une ligne pleine et l’incertitude par des lignes en pointillé sur cinq niveaux : plus il y a de points, moins l’exactitude est marquée. Cette subtilité inédite facilita la visualisation globale. Et Joseph Priestley de déclarer : « Ce que les mots feraient de manière imparfaite sur une longue période, cette méthode le réalise de façon la plus complète possible, et presque d’un seul coup d’œil. » Un gain de temps, en fait.
Cet article est paru dans le Télépro du 3/4/2025
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