Mathieu Demy : «Une émotion palpable»

« La justice est rendue par des hommes et des femmes qui ne sont pas infaillibles », reconnaît le comédien © Nicolas Roucou
Nicole Real Journaliste

Jeudi à 20h55, Arte diffuse les trois premiers épisodes de« 37 secondes », une série relatant le naufrage, resté inexpliqué,du chalutier Bugaled Breizh dans la Manche.

Le 15 janvier 2004, le Bugaled Breizh coule subitement au large de la Grande-Bretagne, entraînant la mort de cinq marins. En 2016, la saga judiciaire se clôt sans établir de responsabilités, alors que les familles sont convaincues que le chalutier a heurté un sous-marin nucléaire. Dans « 37 secondes » – le temps que le navire a mis pour disparaître -, Mathieu Demy (52 ans) incarne Me Christophe Costil, l’avocat chargé par les familles des marins décédés de les représenter.

Lorsque vous avez appris que vous alliez participer à cette série, quels souvenirs vous sont revenus concernant la tragédie du Bugaled Breizh ?

Pour être honnête, mon souvenir était assez flou. J’ai en tête des reportages télévisés, des comptes-rendus quotidiens. Mais avec le temps, ce drame s’était estompé de ma mémoire. Je pense que c’est une initiative louable de mettre en lumière cette affaire grâce à une série, car aujourd’hui encore, elle reste irrésolue.

Dans quelle mesure votre personnage s’éloigne-t-il de la réalité ?

Il est plus proche de la réalité que les autres personnages, car il est directement inspiré de Me Christian Bergot. Cet avocat, qui représentait les familles du Bugaled Breizh, a également été consultant sur la série. Il était impératif de ne pas trahir les intentions des protagonistes de ce drame. La version des scénaristes a donc été validée par Christian Bergot lui-même.

Avez-vous eu l’occasion de le rencontrer ?

Oui et j’ai été profondément touché par sa modestie et sa gentillesse. C’est un homme qui a su apporter un soutien précieux aux familles dévastées par le chagrin. Son calme, sa douceur et sa discrétion dans son travail étaient remarquables. Il est l’antithèse de l’avocat prétentieux ou agressif. Son intégrité transparaissait dans ses plaidoiries et dans sa manière de traiter le dossier.

Au cours de votre immersion dans cette tragédie, quel élément vous a-t-il le plus surpris ?

Découvrir que l’absence de résolution de cette affaire est due, en partie, à des facteurs humains. Ce n’est pas un jugement, mais je constate avec tristesse que des divisions au sein de la défense, des maladresses dans l’instruction, un manque de rigueur de certains juges et des problèmes d’ego ont contribué à provoquer cette situation. La justice est rendue par des hommes et des femmes qui, avec leurs qualités et leurs défauts, ne sont pas infaillibles.

Quel sentiment gardez-vous de votre découverte de l’univers de la pêche ?

Pendant le tournage, j’ai senti une émotion palpable chez ceux qui se replongeaient dans ce drame. J’ai découvert un monde taiseux, solidaire et courageux. J’ai été touché par ces rencontres, mais aussi attristé de voir les gens contraints d’admettre que l’affaire ne serait jamais résolue et de devoir passer à autre chose.

Cet article est paru dans le Télépro du 27/3/2025

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici