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«Alien» : l’horreur ne faiblit pas
Révolutionnant science-fiction et horreur, la franchise a su emmener le genre dans une direction différente à chaque volet, tout en explorant des thèmes encore d’actualité.
En sept épisodes – du moins, jusqu’ici -, « Alien, le huitième passager » et ses suites tiennent la route depuis 1979, fascinant le public et inspirant des dizaines de chercheurs, philosophes, sociologues et historiens du 7e art qui tentent de cerner ce mystérieux succès. Vendredi à 22h30, Arte vous invite à plonger dans cet espace glacé dans lequel « on ne vous entendra pas crier… », avec le documentaire «Alien – Terreur sur grand écran».
Cauchemar puissant
À l’aube des années 1980, Hollywood cherche à se renouveler dans le domaine des monstres et autres petits hommes verts afin de s’éloigner des clichés brassés jusque-là avec plus ou moins de savoir-faire. Après « Star Wars », le seul scénario sur le bureau de la 20th Century Fox offre un mélange nouveau : « sci-fi » et épouvante. Un cinéaste, qui n’était pas le premier choix de la production, se dit emballé. Ridley Scott, alors réalisateur d’un seul film (« Les Duellistes », 1977), déclare : « Je veux juste faire peur aux gens, c’est mon boulot ! »
Et il va bien s’y prendre en enfermant sept personnages ordinaires, des gens qui ressemblent aux spectateurs, dans le huis clos d’un vaisseau glauque et en les confrontant à une créature terrifiante. Le cauchemar claustrophobe est total car le xénomorphe, être puissant, intelligent et tenace est peu visible. Rien que le pressentir sublime l’anxiété dans l’espace, au milieu de nulle part.
Sans sentimentalisme
Cet univers suffocant séduit le public puis d’autres metteurs en scène qui, dans chaque volet, vont injecter leur vision inspirée des préoccupations de notre monde, sans vouloir nécessairement laisser un message prégnant. Mais dès le premier « Alien », des intellectuels voient une allégorie féministe dans l’héroïne Ripley (alias Sigourney Weaver, mise sur orbite grâce à ce succès). Jusqu’à la dernière minute, ce personnage devait être un homme. « Les scénaristes ont été intelligents, ils n’en ont pas fait une figure féminine, mais juste une jeune personne plongée dans une situation extraordinaire. Et dans les chapitres suivants, j’ai vu à quel point il était difficile de créer une protagoniste de manière héroïque, directe et sans sentimentalisme ! », dit l’actrice.
Sigourney Weaver (75 ans aujourd’hui) en est toujours fière, d’autant que Ripley a gagné inopinément en épaisseur depuis l’avènement de #MeeToo : « J’aime son isolement au début du second volet, le fait qu’elle ait survécu à tous les autres et au monde qu’elle connaissait. Les gens en danger sont un catalyseur pour Ripley. Dans son esprit, elle gagne le droit de rester en vie ! » Le droit d’être soi et d’être une femme, revendication toute contemporaine !
Sale boulot
La saga propose également une lecture climatique, avec les passagers du vaisseau Nostromo qui, par imprudence, laissent entrer des menaces susceptibles de rendre leur environnement hostile. Puis, avec la créature qui intéresse certains gouvernants en tant que phénomène biologique et marchandise, le capitalisme s’immisce à son tour en filigrane. L’inégalité est, elle aussi, évoquée dans le second épisode car c’est aux subordonnés que le sale boulot est confié.
Enfin, l’hégémonie des entreprises et de puissants dirigeants que l’épuisement des ressources naturelles de la Terre ne suffit pas à empêcher de vouloir tout conquérir, y compris l’espace, n’est pas sans rappeler ce que l’on vit depuis peu. Avec, tout de même, à l’écran, des conséquences exutoires : certains corporatistes finissent par souffrir et trépasser. À bon entendeur…
46 ans et bientôt en série !
La saga « Alien », ce sont sept films : « Alien, le huitième passager » (Ridley Scott,1979), « Aliens, le retour » (James Cameron, 1986), « Alien 3 » (David Fincher, 1992), « Alien, la résurrection » (Jean-Pierre Jeunet, 1997), « Prometheus » (Ridley Scott, 2012), « Alien : Covenant » (Ridley Scott, 2017) et « Alien : Romulus » (Fede Álvarez, 2024). Mais le xénomorphe est aussi au cœur de deux longs métrages dérivés – « Alien vs. Predator » (Paul W.S. Anderson, 2004) et « Aliens vs. Predator - Requiem » (Colin et Greg Strause, 2007) -, dans lesquels le xénomorphe combat les extraterrestres dévoilés dans « Predator » de John McTiernan (1987), avec Arnold Schwarzenegger. Et bonne nouvelle pour les fans : la série « Alien : Earth », créée par Noah Hawley (à l’origine de la série « Fargo »), est annoncée pour cet été sur Disney+ !
Cet article est paru dans le Télépro du 20/2/2025
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